Bailleau - Vols
Le Mont Saint-Michel pour Guillaume
Écrit par Anthony HUBBARD   
26/06/2009 - 12:29:39 +0200

Mardi Guillaume Dargery a tourné le Mont Saint-Michel le 23 Juin 2009 en Ventusdernier nous étions en flux de Nord Est, avec un vent assez important du 060. De plus c'était une journée avec du plafond et des Vz correctes, et les pilotes décollant de Bailleau ce jour là avaient tous des ambitions plus importantes que d'habitude.

Certains en ont profité pour tenter un 500 "Comme Prévu", ont fini sur un terrain ou dans un champ loin au S/E, mais c'est Guillaume Dargery qui a fait sans conteste le plus beau vol de la journée au départ de Bailleau ...

Voici son récit :

Bailleau - Mont Saint-Michel - Bailleau
Mardi 23 Juin 2009


On est dimanche 21 Juin, le jour le plus long de l’année. La météo pour les trois prochains jours s’annonce belle.

Cela fait longtemps que je rêve de faire du planeur un moyen de transport pour aller rendre visite à des amis que je ne vois pas souvent. Un an que je n’ai pas vu mon filleul de 11 ans qui habite près de Bourg en Bresse. Des années que je lui parle de planeur sans avoir eu l’occasion de lui en montrer un en vrai.

Alors, avec la météo prévue, vent de Nord Est qui se transforme en Nord dans le couloir du Rhône pour l’aller, et qui aura presque disparu pour le retour, je commence à y croire. J’appelle Bourg Ceyzériat, ils peuvent héberger le planeur et me remettre en l’air le lendemain. J’attends 18h, la dernière prévision météo et je pars direction Bailleau. Ultime vérification sur la route : mon filleul sera t’il bien là ? Je prends mon téléphone, c’est lui qui décroche et dans la conversation, il m’apprend qu’il prépare ses affaires pour 3 jours de voyage scolaire à Macon.

Et c’est seulement en fin d’après midi que ça fait tilt : Dans Nord-Est, il y a Est. Et quand il y a Est, il y a possibilité d’aller à l’Ouest, et même assez loin ! Et pourquoi pas le Mont St Michel ?

Patatras ! Je ne lui dis évidemment rien de mes projets qui viennent de tomber à l’eau. Je reprogramme le GPS de ma voiture direction la maison, un peu déçu. Tant pis, ce sera pour une autre fois...

Lundi donc, journée studieuse. Comme d’habitude je regarde quand même la météo au moins 5 fois dans la journée pour constater que, oui, c’était jouable.

Et c’est seulement en fin d’après midi que ça fait tilt : Dans Nord-Est, il y a Est. Et quand il y a Est, il y a possibilité d’aller à l’Ouest, et même assez loin ! Et pourquoi pas le Mont St Michel ? D’autres l’ont déjà fait à Bailleau, mais pour moi, le Mont St-Michel, c’est le rêve inaccessible : on peut l’approcher, l’espérer, le deviner, mais l’air marin vous laisse rarement l’atteindre.

Je réponds à un mail d’Anthony me demandant si j’allais à Bailleau le lendemain, et je lui parle de ce projet. Mais il n'aura ce mail que le surlendemain, quand il retournera au travail. [NDLR : du coup entre temps il a quant à lui choisi de tenter un 500 le même jour que Guillaume, mais qui s’est terminé dans un champ à Courtenay, dans l’Yonne !]

Je fonce donc à Bailleau. On est lundi soir. Il faut que je sois prêt tôt le lendemain matin pour mettre toutes les chances de mon côté. Encore faut-il que j’arrive à dormir : en général, l’excitation du vol à venir me cause une belle insomnie. [NDLR : d’ailleurs c’est ce qui a malheureusement empêché Guillaume de tenter un 750 le 14 Juillet 2008, journée restée dans les mémoires …]

Le lendemain matin, je m’inscris sur la feuille en sollicitant la machine que tout le monde convoite généralement : "Juliette Fox", le Ventus 2CT. La présence du moteur me rassure un peu. Si ce fameux air marin me fait tomber comme une pierre à l’approche de la côte, il m’évitera une vache à 200km de la maison.

Je prépare le planeur, l’emmène en piste. Je suis numéro 2 sur la ligne de départ. Nous avons tous des projets ambitieux, avec plus de 500km pour la plupart. Cependant mon projet de Mont St Michel a plutôt suscité le scepticisme : toujours ce "terrifiant" air marin ...

Je retourne au club-house, je patauge bien 20 minutes avant de réussir à rentrer le circuit prévu dans le logger, je potasse le manuel de vol du Ventus, encore 20 minutes perdues.

Je retourne en piste et je constate que je n’ai rien pour alimenter le logger. J’ai tout ce qu’il faut à la maison, mais, j’en étais sûr, inutile de prendre tous ces câbles, ils ne me serviront à rien. Et voilà comment on perd bêtement des points à la netcoupe, avant même d'avoir décollé.

Peu avant l'arrivée au dessus du Mont Saint-MichelVisite pré-vol de la machine, quelque chose ne me paraît pas normal sur le moteur : le câble de décompression est très tendu et il n’y a pas les 2mm de jeux préconisés dans le manuel de vol entre les tiges des soupapes de décompression et la barre métallique qui appuie dessus quand on décompresse.

Je fais tourner l’hélice à la main, et effectivement, il n’y a pas ou peu de compression. C’est pas vrai !!! Je n’ai pas de moteur ! Je décolle quand même ? Je ne décolle pas ?

Les camarades commencent à pousser derrière pour que je décolle. J’appelle Thierry (de la SCAP) qui arrive immédiatement, confirme qu’il y a quelque chose qui ne va pas et trouve une des 2 soupapes dévissée. Merci le manuel de vol. Sans lui je serais probablement parti avec un moteur qui m’aurait laissé tomber quand j’en aurais eu besoin.

Le Mont St Michel, qui s’était brusquement éloigné, redevient envisageable. Nous décollons vers midi. Ca pompe des briques, je largue à 400m et je monte facilement à 1000m. Il n’y a pas de raison d’attendre, je prends le départ, cap à l’ouest.

Marée basse dans la baie du Mont Saint-MichelCa marche vraiment bien ce Ventus, c’est comme un LS8 avec une manette de post-combustion sur la gauche. Il monte comme un papillon en spirale et il avance comme une fusée dans les lignes droites.

Pas de souci, les thermiques sont bons, pas toujours faciles à centrer à cause du vent qui avoisine les 38 km/h, mais celui ci me pousse vers l’objectif. Après 1h45 de vol, je suis à 40km du Mont St Michel, mais au loin je vois une barre brumeuse. C’est notre triangle des Bermudes à nous, qui peut mettre tous les planeurs par terre en quelques minutes.

J’ai un moteur qui probablement fonctionne, je ne vais donc pas faire demi-tour sans essayer de m’approcher encore. J’avance, mais doucement, en prenant toutes les ascendances. Au fur et à mesure que je progresse, la barre semble reculer, les pompes sont toujours là, donc je continue donc. Et après 2h15 de vol, ça commence à sentir la crevette !

Le paysage tout autour est splendide. On ne sait pas si ce sont les rivières qui se jettent dans la mer ou si c’est la mer qui serpente dans les terres. Le sol ressemble à une immense éponge végétale.

Même Pierre Montain à qui j’annonce ma proximité de la mer, peut sentir l’iode dans la radio. Ca y est, je la vois. C’est très brumeux, il y a un rocher dans l’eau au loin. C’est ça le Mont St Michel ? C’est tout petit. Non ce n’est pas possible. En fait, il est un peu plus au sud et surtout, il n’est pas vraiment en mer.
C’est marée basse, il est posé sur le sable. Le paysage tout autour est splendide. On ne sait pas si ce sont les rivières qui se jettent dans la mer ou si c’est la mer qui serpente dans les terres. Le sol ressemble à une immense éponge végétale.

Je suis haut, j’ai pris de l’altitude tout près du rivage. Je peux donc perdre 400m avant d’entrer dans la zone. Je fais 4 fois le tour en prenant alternativement des photos avec mon appareil et avec mes yeux. Il y a une foule de voitures en bas, mais il n’y a que moi en l’air. C’est étrange ce morceau de roc pointu seul au milieu d’une immensité plate. La nature a parfois ses excentricités.

On reconnait le bout d'aile gauche du Juliette Fox, au dessus du Mont Saint-Michel1000m, il est temps de retourner survoler la terre ferme et de refaire le plein. C’est incroyable, les pompes sont là. Ce n’était pas l’aventure si improbable que cela. Le retour va se faire vent de face, mais dans ces conditions, je ne me fais pas de souci. Je me dis même qu’on pourrait monter une compagnie aérienne avec une telle météo !

Le retour est facile. Le vent déchire un peu les ascendances mais je monte en moyenne à +2m/s. Il a fallu 2h25 de vol pour l’aller, je mets 3h15 pour revenir. Il est encore tôt quand j'arrive à Bailleau : 17h45.

Les thermiques sont encore là, même s’ils sont de plus en plus espacés. Je décide de prolonger le vol jusqu’à Buno. Je suis obligé de ralentir un peu pour ne pas perdre trop d’altitude dans les lignes droites. Les cumulus, perchés à 1500m, sont espacés de 15 à 25km. Il y en a un vers Angerville, je passe dessous à 900m, mais à côté de l’ascendance.

Je me pose avec des images pleins les yeux, un peu fatigué mais totalement serein et détendu. C’est ce qu’on appelle la plénitude je crois

Et c’est là que je commets le pêché de gourmandise : au lieu d’insister pour remonter, je repasse les volets en négatif direction le nuage suivant, que j’estime à 25km. J’avance, mais le cumulus est encore loin et l’altitude diminue. La limite fatidique des 400m sol arrive, et je me résigne à sortir le moteur. Ce sera le seul petit accroc à ce vol magnifique.

Je reprends une pompe, une seule jusqu’à 1300m, ce qui me permet de finir tranquille les 35 derniers km jusqu’à Bailleau. Je me pose avec des images pleins les yeux, un peu fatigué mais totalement serein et détendu. C’est ce qu’on appelle la plénitude je crois.

La nuit suivante, je ferai mon rêve préféré. Devinez …

Guillaume Dargery

 

Pour terminer, voici quelques photos prises par Guillaume pendant son vol, ainsi qu'une image de la trace de son logger.

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